manifestation

La poésie dans le tissu — inauguration

Commissionned pour civic city
Sarcelles, octobre 2022

" À Sarcelles, Ruedi et Vera Baur ont imaginé un projet artistique où le tissu matérialise et célèbre la richesse du Tout-monde. En activant un « design de la relation », leur démarche, à la fois poétique et collective, interroge la place du sensible dans l’espace public et son rôle dans la construction du vivre-ensemble. "

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Un tel projet culturel peut-il transformer la relation à la démocratie locale de manière plus détendue, désintéressée et informelle ? Le faire-ensemble permet-il de casser le rapport hiérarchique entre demandeurs et responsables ? Peut-il contribuer à réduire la haine, l’autoritarisme, la médisance, le mal-être par la douceur et l’attention ? Pourquoi les belles choses sensées et réflexives sont-elles plus respectées que celles qui expriment leur solidité, leur puissance et leur pure fonctionnalité ? Quel est le rôle du beau et du sensible dans la ville ? Comment mieux la poétiser ? Serait-on en manque de poésie dans ces quartiers ?
Le geste final

Il faut dire que nous redoutions cette fin de projet. Certes, voir l’ensemble des tissus enfin rassemblés et suspendus à l’immeuble ne pouvait nous laisser indifférents, mais nous n’avions aucune envie de fêter l’achèvement d’une telle aventure. On nous l’a d’ailleurs reproché : toute performance ne doit-elle pas se terminer par un acte d’autosatisfaction ?

Toute l’équipe et ceux qui nous avaient aidés étaient épuisés. Ils n’auraient pu poursuivre dans ces conditions. Alors que tous les habitants de l’immeuble ou presque nous avaient ouvert leur porte et autorisés à franchir le pas de leur appartement pour nous permettre d’accrocher le tissu à leur balcon, il était intéressant de constater que rares furent ceux qui se mêlèrent aux festivités. La contribution de chacun était discrète, presque intime. Même si tous étaient fiers du résultat, il ne fallait pas en faire trop. Ce scepticisme par rapport à la société du spectacle nous permit de mieux ressentir la différence entre une « utopie sensible partagée » et l’apport de projets extérieurs en son propre milieu. C’est surtout le besoin de poursuivre discrètement cette aventure que cette réserve mutuelle exprimait.

Comment éviter ces déceptions à la fin d’un processus de collaboration ? Faut-il, comme nous avons pu le faire, entamer d’autres projets dans le quartier ? Quelle est l’importance de la documentation, de l’analyse et de la diffusion de ce qui a été accompli ? Faut-il vouloir fêter à tout prix la fin d’une démarche ?