" À Sarcelles, Ruedi et Vera Baur ont imaginé un projet artistique où le tissu matérialise et célèbre la richesse du Tout-monde. En activant un « design de la relation », leur démarche, à la fois poétique et collective, interroge la place du sensible dans l’espace public et son rôle dans la construction du vivre-ensemble. "
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Les ateliers dans les institutions existantes
L’exposition circula et bien d’autres ateliers furent organisés en différents centres sociaux, maisons de quartier et au cours de multiples événements qui ponctuent le rythme de cette ville. Des groupes déjà constitués, de jeunes enfants comme de personnes âgées, des cercles de femmes, parfois d’hommes, certains rassemblés en communauté ou par pôle d’intérêt, y prirent part. « La poésie dans le tissu » devenait un complément d’activité temporaire, un lien aussi, puisque chaque groupe y participait à sa manière.
© Civic City
Les fruits de ces ateliers pouvaient parfois sembler modestes. Se négociait entre « experts du terrain » durant des heures, le choix de certains mots à inscrire sur les tissus dans des langues que nous ne maîtrisions pas. Le temps passait et nous risquions, malgré ces riches échanges, de ne pas vraiment aboutir à une production réelle. De même, bien que les différentes institutions partenaires soient de grande qualité, nous constations que certains habitants du quartier ne fréquentaient pas ces lieux. Il fallait adapter notre approche et nous situer à proximité plus immédiate de notre périmètre d’intervention : notre attention se porta alors sur cet immeuble de dix étages, quatre cages d’escalier et 80 appartements face à la place André Gide.
Comment entrer progressivement dans l’écosystème d’un quartier, se faire accepter comme l’une de ses composantes sans transformer les équilibres préexistants ? Comment travailler avec ces indispensables relais de proximité, sans pour autant se soumettre à leur logique ? Comment se faire des alliés, y compris parmi ceux qui peut-être ne désirent pas notre présence dans le quartier ? Sommes-nous, lors d’une telle démarche, témoins, complices, voire avocats des habitants ? Dans quelles conditions un tel projet permet-il de recréer des liens ?