portraits

angoulême

série personnelle

Angoulême, resserrée par ses anciennes fortifications, est bâtie au sommet d’une haute roche dont les flancs tombent presque à pic dans la Charente. Cette situation, pittoresque quand on la regarde de loin, est funeste au développement d’une ville.

L’industrie, le commerce, la vie moderne aiment les plaines et les routes faciles. Angoulême, au contraire, est perchée comme un nid d’aigle. Ses rues escarpées, tortueuses et resserrées sont des obstacles continuels. On y monte ou on en descend toujours.

En l’empêchant de s’étaler sur la Charente, ses remparts et la pente trop rapide du rocher l’ont condamnée à la plus funeste immobilité. Les trois vallées qui l’environnent offrent sans doute des issues ; mais elles sont trop profondes, trop étroites encore, pour que la ville puisse s’y développer sans efforts. Tout y est contre la circulation : les voitures ne passent qu’avec peine, les piétons se fatiguent, et la vie commerciale y trouve mille entraves.

Aussi, malgré la beauté du point de vue, malgré l’activité de quelques esprits, malgré les progrès de l’imprimerie et du papier, Angoulême reste-t-elle en arrière : c’est une ville arrêtée par sa propre position.

Illusions perdues
Honoré de Balzac [1837]